par Jean-Paul Gavard-Perret

Juliette Savaëte l’enlumineuse — entretien avec l’artiste

Le tra­vail de « minia­tu­riste » de Juliette Savaëte repose sur la répé­ti­tion et la varia­tion. L’ex-élève de Claude de Vial­lat a trouvé sa propre voie. Les formes cel­lu­laires touchent un vide sur lequel — telles des funam­bules — elles jouent en deve­nant des énigmes tra­ver­sières. Emane l’impression d’un silence de velours où le regar­deur lui-même devient errant d’une joie qui perce. Il existe là des fables, des augures mais dont on ignore la clé. Il convient de fouiller l’écart d’un relief parmi d’autres « sur-vivances » dans l’appel d’une paix inef­fable offerte à l’amplitude. Le baroque se crée par la pré­ci­sion d’une enlu­mi­nure éten­due au champ du sup­port pour offrir au regar­deur du plai­sir . L’art est donc hédo­niste cela est suf­fi­sam­ment rare pour être souligné.


Entre­tien :

Qu’est– ce qui vous fait lever le matin ?
L’envie de créer, l’inconnu d’une nou­velle journée.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Ils viennent tou­jours visi­ter mon inconscient.

A quoi avez– vous renoncé ?
A tout sauf à l’essentiel. Conti­nuer à créer.

D’où venez– vous ?
Du ventre de ma mère mais je ne sais pas où je vais… je cherche.

Qu’avez– vous reçu en dot ?
Une sen­si­bi­lité à fleur de chair.

Un petit plai­sir quo­ti­dien ou non ?
Chaque jour porte en lui une mul­ti­tude de petits plai­sirs simples… Mon petit plai­sir à moi, c’est de m’en rendre compte.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres écri­vains ?
Mon alpha­bet… le mien est consti­tué de formes et de couleurs.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Le désert… l’absence de limites… l’infini.

Et votre pre­mière lec­ture ?
Des car­nets de voyage d’explorateurs de l’extrême.

Pour­quoi votre atti­rance vers le des­sin ?
Parce que c’est natu­rel et ins­tinc­tif… brut et sans arti­fices… universel.

Quelles musiques écou­tez– vous ?
La musique pour moi cor­res­pond à des mises en situa­tion. Quand je tra­vaille le des­sin ou la pein­ture,
je ne peux sup­por­ter que le classique.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
” Je vou­drai pas cre­ver” de Boris Vian, c’est beau, c’est cru, c’est doux… sublime.

Quel film vous fait pleu­rer ?
« Platoon ».

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez– vous ?
Je vois La Femme.

A qui n’avez– vous jamais osé écrire ?
Je n’ai jamais osée ne pas oser.

Quelle ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Le désert / l’Océan/ Le som­met d’une montagne/ Une forêt luxuriante.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
De tous. Cela me ras­sure que les artistes existent.

Qu’aimeriez– vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Un bai­ser suivi d’un silence.

Que défen­dez– vous ?
La beauté des actes, des mots, des êtres. L’intuition. La spon­ta­néité, l’authenticité.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan: ” L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas?”
Cette phrase est juste sublime. Elle résume à elle seule le sens de: “aimer”.

Que pen­sez– vous de celle de W. Allen: ” La réponse est oui mais quelle était la ques­tion?”
Elle est le sym­bole de l’envie.. la curio­sité. Dire oui c’est avoir envie, donc si ” la réponse est oui mais quelle était la ques­tion?” la ques­tion est: NON ?

Quelle ques­tion ai– je oublié de vous poser?
Toutes celles qui res­tent et que vous n’avez pas osé me poser.

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